• mardi le 21 mai, 2019

[Aconcagua] Conquête mythique d’une montagne

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IMPRESSIONNANTE CORDILLÈRE DES ANDESLe grand jour est enfin arrivé! Ça fait quelques mois que je me prépare pour cette expédition, autant de façon physique que mentale. J’ai même retenu les services d’un entraîneur, pour optimiser mes chances d’atteindre ce sommet tant convoité.

Nous partons en direction de Los Penitentes, au pied de l’Aconcagua, pour dormir dans un petit hôtel situé à 8 kilomètres de l’entrée du parc et à 2700 mètres d’altitude. L’hôtel Ayelen de Montana nous accueille de façon chaleureuse. Après un bon dîner, nous en profitons pour prendre une petite marche, question d’admirer et d’immortaliser le panorama qui se présente devant nous. Montagnes enneigées et rivière glaciaire à débit rapide serpentant le pied des montagnes nous honorent avec ce tableau digne des grands peintres. Je me sens privilégié!

J’ABANDONNE OU JE CONTINUE?


Deux jours après que l’aventure ait commencé, le groupe se prépare pour un long trek d’environ 9 heures avec un dénivelé de 900 mètres en direction de Plaza de Mulas. Une marche d’une trentaine de kilomètres à travers des plaines arides.

Ce trek fut le plus difficile de ma vie. Vers les trois quarts du parcours, les maux de ventre se sont intensifiés, accompagnés d’étourdissements et de diarrhées. J’ai dû puiser au plus profond de mes forces pour terminer le trajet. J’étais complètement vidé, autant physiquement qu’émotionnellement. La dernière heure, François a dû porter mon sac à dos et, avec les précieux conseils de Mariano, nous avons avancé plus lentement pour enfin atteindre le camp de base.

J’étais tellement épuisé que j’avais juste envie de dormir et de pleurer; je l’aurais fait si j’en avais eu la force.

UN COMBAT CONTRE MOI-MÊME!


Après avoir passé la journée à me reposer, le groupe revient enfin de la montée d’acclimatation du mont Bonete. Ils rapportent de superbes images, j’en suis jaloux… Mais je crois que j’ai pris la bonne décision.

Je dois suivre également une diète afin d’éviter tout ce qui est fruits, lait, café, etc. C’est ma dernière chance, car si je ne fais pas le trek de demain, je ne pourrai pas continuer l’ascension, du fait que je ne serai pas assez acclimaté.

LE RETOUR DE LA FORCE…

La nuit a été bonne, environ 7 heures de sommeil, ce qui est excellent pour l’altitude à laquelle nous sommes. Nous avons un trek à faire, qui consiste en un parcours de quelques heures afin d’aller porter de l’équipement au prochain camp, le camp Canada, qui sera notre prochaine étape demain. Ce camp est situé à environ 5000 mètres d’altitude sur le versant nord de l’Aconcagua.

La montagne nous dévoile certaines de ses beautés sauvages.


Les commodités sont pratiquement nulles, à part une petite toilette de fortune que nous installons à même une vieille tente sans fond pour les besoins solides, style une litière. Nous ramassons le papier journal que nous mettons dans un sac à poubelle que les porteurs retourneront au camp de base. En guise d’eau, il y a la neige des montagnes, fondue et filtrée.

LA PATIENCE EST DE MISE…

Plus que deux jours avant l’assaut final du sommet. Les séjours en très haute altitude provoquent chez l’homme une dégradation de ses capacités physiques et psychiques. Tantôt le froid, tantôt la chaleur sous nos efforts physiques et le vent qui nous balaie constamment le visage; ensuite le soleil qui nous brûle le visage, les lèvres et le nez, le manque de sommeil, les maux de tête et le corps qui lutte avec le phénomène de l’acclimatation. On croit qu’une distance de 400 mètres ne sera pas longue à marcher quand cela peut prendre des heures. Dans deux jours, tous ces sacrifices auront un but commun, soit l’atteinte du sommet.

« Ne pensez pas que le but est d’atteindre le sommet d’une simple montagne; le but est tout autre, il est l’accomplissement de soi-même. »

LE MOMENT TANT ATTENDU: L’ATTEINTE DU SOMMET!

Je dois me concentrer sur chacun de mes pas et sur chaque respiration, car à plus de 6500 mètres d’altitude, tout effort est amplifié et, par conséquent, très difficile.

Le vent siffle; j’appelle le guide pour lui signifier mon intention d’abandonner. Le vent redouble d’intensité, je lui crie que c’est la fin, que j’arrête, car ma cheville me fait trop souffrir, et que j’ai de la difficulté à avancer. Le guide ne m’entend pas et revient vers moi, tandis que le groupe est déjà en progression. Chicho, le guide, me demande: « Pardon, je ne t’ai pas compris? » À cet instant, je réalise que je suis tellement près du but. Je change ma version et lui dis, comme si de rien n’était: « Je vais continuer, mais à mon rythme. » Il me répond: « Aucun problème. »

Nous repartons; je crois avoir perdu conscience à quelques reprises. J’avais l’impression d’avoir abandonné mon corps et de ne plus être là physiquement. J’avais l’impression de m’être réveillé en sursaut et d’avoir oublié les derniers mètres de la montée. Inconsciemment, j’entendais les conseils du guide: « Pas besoin d’aller vite, concentre-toi sur chacun de tes pas, concentre-toi sur ta respiration. » Puis, par la suite, le néant, un frisson et le retour à la réalité.

Nous sommes maintenant à environ 50 mètres du sommet; à nous trois, l’énergie est contagieuse, c’est l’ingrédient qu’il nous manquait. Non sans mal, on s’engage sur la dernière portion de la montée en s’encourageant continuellement. Ça y est, on atteint tous le sommet, ce but tant convoité!

C’est l’euphorie, l’émotion est à son comble, j’ai de la difficulté à retenir mes larmes. C’est l’accomplissement d’un effort surhumain. Malgré la joie et les émotions qui me submergent, la première pensée qui me vient à l’esprit en est une pour les membres du groupe qui n’ont pas pu faire le sommet, peu importe la raison. Ces personnes ont travaillé tellement fort, bien humblement, et je leur lève ma tuque. Le surplus d’adrénaline nous aide à entreprendre de brèves festivités: nous partageons des photos, des félicitations, des embrassades et nos émotions; c’est la joie!

LE RETOUR…

Mes sentiments sont partagés, je ressens une certaine fébrilité due au fait de rentrer au bercail, mais aussi une certaine nostalgie de quitter cette magnifique montagne qui avait tant à me faire découvrir, tant à me dire. Une montagne qui, de jour en jour, prenait un malin plaisir à tester mes limites, m’obligeant, par le fait même, à m’adapter et à me redéfinir constamment comme individu. Un seul mot me vient à l’esprit : RESPECT.

Nous utilisons souvent l’expression suivante : « Je pars à la conquête de cette montagne. » Je dirais plutôt: « C’est la montagne qui m’a conquis. »

C’est un voyage au bout de soi-même, pendant lequel, pas à pas, on apprend à se connaître durant l’ascension et durant la descente. Constamment, tu dois te remettre en question. Dès le moment où ton cerveau te dit d’arrêter, par souci de protection, parce que tu as mal partout et que tu es épuisé psychologiquement, tu dois le défier, tu dois remettre ses signaux et ses alertes en doute. C’est à ce moment qu’apparait en toi une force insoupçonnée. Cette force t’aide à avoir le courage de le confronter et de lui dire: « NON, je veux continuer pour savoir qui je suis réellement. » C’est à ce moment que tu remets enfin en doute cette zone de confort, cette protection que ton psychisme a sur toi. C’est ce moment magique où plus rien ne peut te freiner dans l’accomplissement de ton projet et de ton défi qui te tient tant à cœur.

Vient ensuite l’enivrement du devoir accompli, cette fierté d’avoir pu surmonter tous ces obstacles et toutes ces embûches, mais surtout cette objection de te redéfinir en tant que personne qui t’apporte une vision renouvelée de ton environnement.

Sortez de votre zone de confort! Ayez des projets! Qu’ils soient grands ou petits, faites-les pour VOUS.

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(Source: Richard Kelly pour Profession Voyages)

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