• samedi le 25 mai, 2019

[Le monastère des Augustines] Relaxation chez les sœurs

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Franck Laboue
L’aventurier épicurien
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Tout comme vous, j’apprenais récemment que les sœurs ursulines quittaient le Vieux-Québec. Je ne vous le cache pas, l’événement m’a fait un pincement au cœur. Le patrimoine religieux et historique de notre belle province exerce une fascination sur moi. Je suis un passionné du patrimoine de notre capitale et un amoureux transi de l’histoire de la Nouvelle-France. Une période qui représente notre passé riche en destins fabuleux ainsi que les fondements de notre société. C’est toujours avec des yeux pétillants que je parcours les ruelles de Québec, marchant sur l’histoire la tête pleine de chimères. Au détour des rues touristiques, à l’abri du regard des foules, on y trouve une myriade de trésors fabuleux. Un patrimoine plus grand que nature sommeille.

C’est à l’ombre de l’Hôtel-Dieu que l’on retrouve le Monastère des Augustines, un des établissements historiques les plus importants de notre histoire. Depuis bientôt deux ans, le monastère a pratiqué l’une des plus impressionnantes transformations touristiques dans l’air du temps. Plus qu’une rénovation, c’est une totale réinvention : aménagement d’une section hôtelière, restauration santé, cours de relaxation et musée remis à neuf. Peau neuve après 377 ans d’histoire et deux ans et demi de travaux. Un investissement de 65 millions de dollars qui fait du monastère l’image même du renouveau touristique de la province. Visite.

LES AUGUSTINES : L’AVENTURE DE TROIS RELIGIEUSES

Retour en arrière. Fermez les yeux et imaginez. Nous sommes le 1er août 1639. Arrivent dans le port de Québec trois religieuses affaiblies par un long voyage. Sur ce même bateau, elles côtoient leurs consœurs ursulines qui seront vouées à l’éducation. Embarquées à Dieppe en Normandie, les Augustines partirent sur ordre du roi Louis XIII. Leur mission? Fonder le premier hôpital au nord du Mexique, l’Hôtel-Dieu. Habitée par 300 personnes, Québec avait urgemment besoin d’un établissement de soins. Le monastère traversera les âges et les tourments de l’histoire. En 1759, pendant le siège de Québec, les sœurs se réfugient à l’hôpital général dans la basse ville. Leur lieu de culte sera alors occupé par les Britanniques pendant près de 24 ans.

Le saviez-vous? Pendant la Seconde Guerre mondiale y seront entreposés de nombreux trésors artistiques venus de Pologne. Une action que l’on doit à Maurice Duplessis, digne d’un film d’espionnage.

Il faut attendre la réforme de Vatican II et le milieu des années 1960 pour que les sœurs ne soient plus cloîtrées et coupées du monde. L’Ordre des Augustines aura fondé douze établissements dans tout le Québec, qui formeront la base du système de santé québécois. Encore aujourd’hui, l’Hôtel-Dieu de Québec est un établissement de pointe en ce qui concerne l’oncologie et la néphrologie. Lorsqu’on pénétrait dans la cour pour la première fois, le monastère semblait noyé sous une immense couche de verre. Un aspect ultramoderne qui cache en son sein le vénérable monastère de 1755. Ici, la pierre, le bois et le verre semblent s’imbriquer avec harmonie, des matériaux qui créent un véritable trait d’union entre le passé et le présent. Des quelque 135 sœurs augustines qui officient encore dans tout le Québec, une douzaine se trouve dans cet établissement. C’est un véritable retour dans le passé que de les croiser furtivement dans les couloirs.

UNE COLLECTION MAGISTRALE : VISITE DU MUSÉE


Vient alors la visite du musée. Guidée ou non, elle reste un moment mémorable pour le visiteur. Disséminée sur trois ailes différentes, la collection du musée est imposante, une centralisation d’objets venus des divers couvents de la province, de Gaspé à Chicoutimi. Un patrimoine magistral laissé par des sœurs qui auront façonné la Nouvelle-France. En tout, 40 000 artéfacts se cachent entre ces murs. Une première aile met l’accent sur les objets au caractère religieux d’une richesse inconcevable. Notre regard peut alors croiser le coffre en bois emporté par les trois sœurs en 1639, ou encore le premier mortier utilisé pour fabriquer des médicaments. Je suis comme fasciné par chaque livre, chaque carnet, chaque écrit que j’essaie de lire, d’apprécier, de déchiffrer parfois. La qualité de la collection est impressionnante.


La section du musée consacrée à la santé est fascinante. J’apprécie, intrigué, la mallette de « soins » utilisée pour soigner les blessés français et anglais du siège de Québec. Au plafond résonnent les pas des visiteurs, les planches de bois craquent et j’ai l’impression que c’est toute la bâtisse qui respire. Une entité bien vivante, vieille de quelques siècles.

Au réfectoire, on retrouve les tables et les bancs qui servaient aux repas, le tout dans une ambiance très… monacale. Dans un coin, je suis magnétisé par des carnets de recettes écrits à la main. On peut y retrouver une intrigante recette de « gruau des pauvres pour le soir ». C’est presque seul que j’ai le bonheur de contempler la collection de superbes manuscrits rassemblés à la sortie du musée. Recettes de médicaments, commandes de produits faites à La Rochelle, règles de l’établissement, et que dire de la somptueuse calligraphie qui habille le tout. Petit joyau : l’acte notarié du Monastère des Augustines datant de 1639 est présent. J’ai trouvé l’ensemble des collections très bien mis en valeur. Un système de lumières nous permet même d’apprécier les objets et livres sous leur meilleur jour. Dans chaque pièce et chaque couloir, un système audio-vidéo s’active lorsque vous passez dessus. En sortent des entrevues de sœurs présentes dans les années 1950. Elles nous font part de leur vie au monastère sous divers aspects. Original et interactif. Pourtant, ce n’est qu’une infime partie du patrimoine des Augustines que nous sommes autorisés à contempler. Dans les combles, une collection inaccessible rassemble notamment des lettres, dont certaines signées par des personnages illustres comme Louis XIV ou encore Samuel de Champlain.

La visite guidée seule nous permet de passer par les voûtes, qui sont la plus ancienne section du monastère. Aujourd’hui, sous ces pierres érigées en 1698 se tiennent concerts et ateliers de relaxation. Curieux destin pour un ancien garde-manger. Souvenir poignant de ma visite : la porte d’entrée en bois et son tourniquet. C’est 1 375 bébés qui y auraient été déposés pendant la première moitié du 19e siècle par de trop jeunes mères.

PLUS QU’UN MUSÉE : RELAXATION & HÔTELLERIE

Si le musée est la partie centrale du monastère avec sa somptueuse chapelle, il est aujourd’hui complété par une section hôtelière et un centre de relaxation. Un pari gagnant qui enthousiasme non seulement les visiteurs, mais surtout les journaux du monde entier.
En 2016, c’est le National Geographic qui fait du Monastère des Augustines le meilleur endroit au monde pour se ressourcer… devant les eaux de Bath, le Machu Picchu ou encore le sable du Maroc! Des séjours de ressourcement en plein Vieux-Québec : la tendance qui gagne tout le continent.

« Le monastère offre la sérénité d’un couvent, mais avec la possibilité d’ajouter du yoga ou du collimage », selon National Geographic.

Un monastère dans le vent auquel on peut désormais apposer l’étiquette de cool à peine un an après son ouverture. Vous avez dit succès immédiat? Le monastère se fait une place parmi les séjours de santé incontournables. C’est à l’étage que l’on peut visiter la section hôtelière. Une partie ancienne où un corridor mène encore à l’Hôtel-Dieu. Une soixantaine de chambres y sont offertes, aménagées dans les anciennes cellules des sœurs. Pour une bonne moitié de l’aile, le charme d’antan a été conservé ainsi que l’aspect modeste cher aux Augustines. Ici, vous oublierez la télévision. C’est dans le confort que vous reposerez votre corps et votre âme. Louées à des tarifs compétitifs pour le Vieux-Québec, ces chambres sont une alternative de charme aux établissements classiques. Enfin, notez qu’aux côtés du restaurant, de nombreuses activités sous la bannière « santé » sont proposées : herbes médicinales, yoga, relaxation.


Le monastère ouvre aujourd’hui la porte à d’autres institutions religieuses du Québec et d’ailleurs. Un réaménagement gagnant des infrastructures et du patrimoine. Une certaine façon de préserver l’histoire de la province. Une expérience unique et visionnaire dans un cadre moderne et respectueux des traditions. Le monastère m’a conquis.

VERDICT DU CHRONIQUEUR

Formule nouvelle au milieu du paysage patrimonial québécois, les nouvelles installations du Monastère des Augustines sont un succès jusqu’en dehors de nos frontières. Le Time Magazine ne manquait pas de le citer dans sa nouvelle liste d’incontournables à visiter. Fierté historique de Québec, il est l’occasion de faire une redécouverte de son patrimoine, une escapade hôtelière unique ou un séjour de relaxation au cadre unique et reposant. Habitants de Québec : redécouvrez le « Vieux » avec d’autres yeux. Amis de la métropole : faites une pause et venez nous retrouver le temps d’une fin de semaine unique en son genre. Loin de la carte postale se cache un bijou de notre patrimoine.

À LIRE
La Croix et le Scalpel – Tome 1 / Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec (François Rousseau – 1989 – Éditions Septentrion) – Retracez l’histoire des sœurs augustines et leur héritage.

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