• mercredi le 20 mars, 2019

[Nouveau-Brunswick] En descendant la rivière Saint-Jean

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Franck Laboue
L’aventurier épicurien
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Vous parler des Maritimes sans évoquer l’océan? C’est pourtant un fait indéniable: visiter les Maritimes ne se résume pas à ses régions côtières somptueuses. Quand nous pensons au Nouveau-Brunswick, c’est d’abord vers ses plages que notre esprit vagabonde et non ailleurs. Ma région fétiche de la province bilingue se trouve au cœur de ses bois, le long de ses puissantes rivières. Point d’océan pour mon âme de Breton mais bien la douceur de la rivière Saint-Jean traversant la province d’ouest en Est. Mon Nouveau-Brunswick, je le vis au fil de l’eau dans une région trop vite survolée par la plupart des voyageurs. Chutes majestueuses, charmes sauvages des vastes étendues de forêts, campagnes agréables et une culture francophone vibrante font de ce parcours un itinéraire inédit dans les Maritimes. Remonter la rivière Saint-Jean est une invitation à la détente, le temps de se faire bercer par le clapotis de l’eau. De la République du Madawaska à la baie de Fundy, cette rivière est le vrai cœur du Nouveau-Brunswick. Faites chauffer le moteur, révisez vos classiques acadiens et n’oubliez pas l’appareil photo: je vous embarque vers l’une des plus belles régions du Canada.

EDMUNDSTON: LE PAYS DE LA “PLOYE”

Trouvant ses racines dans les forêts impénétrables du nord du Maine, la rivière Saint-Jean se déverse au Canada dans la région d’Edmundston. Une fois quitté le Temiscouata et son lac majestueux, le voyageur n’a qu’une envie: traverser au plus vite les contrées infiniment boisées du sud du Nouveau-Brunswick. Les trésors sont pourtant bien cachés derrière les arbres; il suffit de sortir des balises pour découvrir un tout autre visage. Le Canada fourmille de cultures régionales et de coins secrets qui ne demandent qu’à être explorés. Arrive Edmundston, la mal-aimée.

À l’horizon, les cheminées des usines de papier crachent inlassablement leur fumée. Mais sous ce panorama industriel qui nous laisse apercevoir la frontière des “États” fourmille une culture locale bien vibrante. Ici, vous n’êtes pas vraiment en pays Acadien, vous voilà sur les terres des “Brayons”. Également appelés “Madawaskayens”, ils partagent leur culture avec leur collègues francophones du comté d’Aroostook dans le Maine. Contrée francophone, ses habitants sont la définition même de l’hospitalité. Avec leur bonhomie et leur joie de vivre, ils forment l’âme de la région. La vie culturelle d’Edmundston atteint son pic avec la « Foire Brayonne » chaque fin juillet: il s’agit de la plus grande fête francophone en dehors du Québec! Au fait, « Brayon » d’où ça vient? Autrefois l’expression « brayer » le lin, écraser le lin, était employée du temps où les femmes de la région pratiquaient ce travail, c’est une piste. Québécois et Acadiens forment l’origine des Brayons, mais certains colons français d’origine du « Pays de Bray » en Normandie pourraient nous fournir l’origine de ce nom.  Comment évoquer Edmundston sans vous parler des fameuses “ployes”! Un Breton ne passe pas à côté d’une crêpe à la farine de sarrasin. Véritable emblème gastronomique, elle est présente dans toutes les familles et restaurants régionaux. Que ce soit accompagnée de creton ou encore de mélasse, c’est une petite douceur qu’il ne faudra pas manquer de déguster.

DES CHUTES AUX CHAMPS DE PATATES

Suivant les méandres de la rivière qui longe la frontière, la route me donne le choix de bifurquer au Mont Carleton. Le plus haut sommet des Maritimes avec ses 820 mètres, il mérite le crochet si vous êtes un amateur de randonnée. L’environnement change doucement lorsque j’aborde Grand-Sault. Ancien site des Malécites, on y observe aujourd’hui le fracas de la rivière avec sa célèbre chute de 23 mètres de haut. Longeant un petit canyon étriqué, la rivière permet aux amateurs d’adrénaline de pratiquer la «zipline» au-dessus des flots en furie.  Ma voiture suit les petits vallons, un nom m’électrise alors: New Denmark. Je connaissais déjà New Sweden et sa communauté de Scandinaves dans le Maine, sauf qu’ici je découvre la plus importante communauté d’origine danoise en Amérique, plutôt déroutant. Installés depuis la fin du 19ème siècle, ils forment une communauté tampon entre francophones et anglophones. Ces Danois de cœur constituent une population d’environ 1500 habitants et continuent de célébrer leurs ancêtres lors d’une grande fête annuelle le 19 juin.

Mais comment passer sous silence les paysages inusités croisés depuis le début de ce «road-trip»: les fameux champs de pommes de terre. S’agrippant le long des collines, leur floraison saupoudre le panorama d’un fourmillement de fleurs blanches. Avec le bois, il s’agit de la principale économie de la région. Qui n’a jamais mangé de frites «McCain» dans sa vie? Quel étonnement d’apprendre qu’à Florenceville commença l’histoire de cette célèbre entreprise canadienne. Véritable empire du surgelé, ils sont la deuxième plus grande fortune de la province … après Irving! Curieux de la patate? Vous pourrez visiter la grande usine de pommes de terre qui se trouve à l’entrée du village.

FINIR EN BEAUTÉ SUR LA BAIE DE FUNDY

La route continue de s’entortiller autour de la rivière et je croise nombre de petits villages à l’allure bucolique. Il se dégage presque un air de Nouvelle-Angleterre dans cette contrée. Vient la silhouette de la petite Hartfield et à l’horizon son célèbre pont couvert, le plus long du monde. Avec ses 390 mètres, la construction de 1899 résiste à l’épreuve du temps, pour le plus grand plaisir de nos rétines. Vous pensiez que la Nouvelle-Angleterre possédait le record du nombre de ponts couverts? Eh bien non, c’est dans la province du Nouveau-Brunswick qu’ils s’éparpillent le plus!

Ne manquez pas de vous arrêter au célèbre village historique de «Kings Landing». Reconstitution en plein air d’un village de loyalistes du 19ème siècle, il est un arrêt historique de charme proche de Prince William. Le plus bucolique des villages arrive, après une route se tortillant entre les champs et paysages agricoles, vous arrivez à Gagetown. Petit village de carte postale sur les bords de la rivière Saint-Jean, il a ce cachet d’antan qui fait tout suite fondre le cœur des voyageurs.

Les méandres de la rivière Saint-Jean finissent par se jeter dans l’Atlantique. Le delta qu’elle forme est un lieu idyllique: la baie de Fundy. C’est dans la grande cité du même nom que je mets mon frein à main, je suis arrivé à «Saint-John». Belle ville sur le bord de l’eau, Saint-John est une destination au charme tout britannique. Aujourd’hui grand port de croisière, elle fascine par son mélange architectural et industriel qui la caractérise tant. Églises anglicanes, usines au bord de l’eau, elle est la réelle opposée d’Edmundston la francophone. Une bière de «Moosehead» à la main, j’observe les derniers rayons de soleil mourir derrière le petit phare blanc et rouge du port. L’horizon est la promesse d’autres aventures sur les bords de la baie de Fundy, vers le microscopique hameau de Saint-Martins et les falaises ocres irréelles qui bordent l’océan. Mais c’est un autre voyage vers des contrées déjà plus arpentées, un voyage maritime. Mon parcours au cœur des forêts et des villages qui jalonnent la rivière Saint-Jean est l’un des plus beaux “road-trip” à faire au Nouveau-Brunswick. Cultures francophone et anglophone s’y entremêlent entre les champs de pommes de terre et les eaux de la rivière. Une destination inusitée pour redécouvrir les « Maritimes » sous un autre jour.

VERDICT DU CHRONIQUEUR

Parcours inusité au cœur d’une région réputée pour ses plages, la route de la vallée de la Saint-Jean est la promesse d’un “road-trip” pas comme les autres. Au pays des patates et des “ployes”, vous n’aurez pas faim. Au pays des rivières et des collines, les paysages sont inoubliables. Au pays des villages bucoliques, votre pays continuera de vous surprendre. En planifiant votre prochaine escapade dans les Maritimes, prenez le temps d’arpenter cette région mal connue qui mérite d’être explorée en profondeur!

À ÉCOUTER SUR LA ROUTE

Haye Babies (Mon homesick heart -2014) – Les jeunes acadiennes seront le meilleur compagnon pour votre route, harmonies pop-folk et textes poétiques sont au rendez-vous.

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