• jeudi le 1 octobre, 2020

[Grèce] Météores: plus près des cieux!

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Franck Laboue
L’aventurier épicurien
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La Grèce est un monde à part, un monstre touristique à plusieurs têtes. Mère de la démocratie, cette contrée de la Méditerranée fait chavirer les têtes depuis des siècles. D’une part, vous avez les Cyclades, monde en bleu et blanc qui fascine la terre entière. De l’autre côté se trouve la Grèce continentale, sanctuaire de l’histoire européenne aux sites antiques parmi les plus célèbres du monde. D’Athènes à Delphes en passant par Olympie et Épidaure, c’est un monde de légendes qui attend le voyageur. Mais laissons le Péloponnèse et ses vieilles pierres un instant. Aux confins de la Grèce, à quelques encablures de l’Albanie et de la Macédoine, se cache le visage sacré du pays. Une terre à l’ambiance de conte de fées qui se nomme “Météores”. Plus grand complexe religieux du pays, les monastères qui s’y accrochent depuis des siècles y forment un paysage mystique. Loin de l’eau bleue de la Méditerranée et des musées athéniens, découvrons ensemble une contrée unique en Europe.

Un GPS qui tombe en panne, une carte routière en grec et la nuit qui approche: un périple qui semble bien commencer! Rien ne m’avait préparé aux routes grecques. Je me pensais en Europe avec une belle langue d’asphalte sous mes roues pour m’emmener tranquillement vers ma destination. Rapide désillusion. À peine sorti d’Athènes, la route à trois voies se rétrécie pour n’en former rapidement qu’une seule. Je quitte la relative modernité pour la réalité grecque. Un monde où la bande d’arrêt d’urgence sert de seconde voie.

Cinq heures de route m’attendent pour atteindre la ville de Kalambaka, tout au nord. Je croise des petits villages sortis d’archives de la seconde guerre mondiale, formations rocheuses et cols vertigineux. Sur les toits et cheminées, des nids de cigognes s’agrippent. Un air d’Europe de l’Est imprègne tout doucement les environs. Toute une aventure qui contraste avec les petits ports bondés de bateaux de croisière à Mykonos ou Santorin. Ici, j’ai l’impression d’être seul avec les Grecs, je respire et me réconcilie avec ce pays fantastique. À l’approche de Kalambaka, l’horizon se transforme. Des piliers de grès s’élancent vers les cieux comme ceux du Wadi Rum. Je ne le vois pas encore, mais au-dessus d’eux trônent les monastères.

LES MONASTÈRES ACCROCHÉS AUX MONTAGNES

L’environnement et l’emplacement de ces monastères font fantasmer. Habitant d’abord dans les grottes aux alentours, des moines commencent à s’installer dans la région dès le IXème siècle, tout comme leurs frères d’Anatolie au temps des Romains, une isolation dans la roche. En quête de solitude et de contemplation, ils trouvèrent aux Météores l’endroit parfait pour s’isoler. C’est à partir du XIème siècle qu’un état monastique se crée. La plupart des monastères seront construits autour du XIVème siècle. Quel génie et travail colossal il a fallu alors abattre pour achever ces constructions qui nous semblent si inaccessibles. À son apogée, la région comportait 20 monastères. Seuls 6 ont survécu jusqu’à nos jours.


En s’organisant, il est possible de visiter les 6 monastères en une seule journée. Des visites quelque peu rébarbatives dont seul le Grand Monastère sort du lot. Une route serpente entre les immenses pylônes de pierre. Une fois arrivé sur les hauteurs, le spectacle est impressionnant. Ici, en plein printemps, pas de foule. Seul le bruit du vent entre les rochers et son sifflement viennent augmenter la sensation d’isolement. À la vue de ce panorama, j’ai l’impression d’être aux frontières de l’Europe, à cheval sur un autre monde, celui des légendes et des terres magiques de l’Est. Je suis magnétisé par l’esprit mystique qui envoûte ces formations géologiques. Comment diable ces bons moines orthodoxes grimpèrent tout là-haut? Fut un temps où ils étaient hissés par des filets, puis par des nacelles de bois jusqu’aux monastères. Il ne fallait pas avoir la frousse. Aujourd’hui, ce sont les vivres et les matériaux que l’on traîne ainsi dans le vide.

C’est l’incontournable monastère de la Transfiguration ou “Grand Météore” que je visite. Classé avec ses voisins au patrimoine mondial de l’humanité, il est le plus imposant des tous. Escaliers et ponts sont aménagés pour vous permettre la visite, plus question de vous balader au-dessus du vide! Comme partout en Occident, être moine n’est plus une vocation à la mode, les monastères se vident. La structure me fait quasi immédiatement penser à la Turquie, elle qui accueille de nombreux bâtiments à l’architecture grecque. Dans un coin fermé par une grille, des dizaines de crânes de moines sont joliment empilés et donne des airs de catacombes au monastère. Les toits de tuiles oranges détonnent dans le paysage.

Les icônes et les fresques du XVème siècle viennent compléter la décoration arc-en-ciel du lieu. Caves, cuisines et sacristies sont également accessibles. Plus que les monastères, ce sont les points de vue sur la vallée qui vous couperont le souffle. De petits pitons rocheux permettent de s’isoler. Je me retrouve presque en méditation devant ce spectacle. Je scrute les formes gracieuses des roches saupoudrées du vert des arbres et du orange des monastères. Elles offrent une vision peu commune. Les rapaces se laissent glisser dans les courants d’air, le soleil vient doucement se cacher derrière les collines. Une lumière rose vient inonder les herbes jaunes fleuries autour de moi. L’horizon s’illumine, tout comme mon âme reposée.

 

METSOVO : LE VILLAGE AUTHENTIQUE 

Je n’aurais pas soupçonné que la Grèce fut si montagneuse. Suivant la route qui mène à l’Albanie, je me retrouve dans le petit village de Metsovo. En l’espace de quelques kilomètres, je me suis retrouvé dans un environnement balkanique, littéralement entouré de montagnes. Un changement drastique. Toits de pierres sombres ciselées, maisons de bois de type alpin, paysage escarpé, moutons s’engouffrant sur la petite route. Pas de doute, je suis encore plus loin d’Athènes et plus proche des Balkans. Qu’aurais-je donné pour quelques jours de plus, à la rencontre de cette terre si mystérieuse. Metsovo en fut un avant-goût grec tout à fait savoureux.

VERDICT DU CHRONIQUEUR

Loin du monde mais tout près des cieux. Les Météores sont l’un des paysages les plus sauvages et uniques d’Europe. Une rencontre avec les monastères accrochés aux montagnes est inoubliable. Un séjour en Grèce mérite plus qu’une escapade dans les Cyclades. La région des Météores est un joyau qui vaut le déplacement, un de ces endroits à l’aura mystique dont seule la Méditerranée en a le secret. La Grèce est pleine de surprises, c’est ici qu’elle m’a envoûté. À quand votre tour?

À VOIR

Rien que pour vos yeux (John Glen 1981) – James Bond (feu Roger Moore), y arpente les falaises des météores dans une scène mythique, le tout accompagné de la jolie Carole Bouquet.

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